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Sonnets de la mort



BERNARD NOËL


nouvelle édition non définitive
augment
ée d'une Page un de Cédric Demangeot



Contrairement à ce que voudraient certaines récentes consignes officielles, émises par un gouvernement néo-nationaliste, et qui prêchent en matière d’Histoire une amnésie sélective aux relents évidents de révisionnisme, Bernard Noël n’oublie pas, lui, ce qu’il sait d’insoutenable – ni de le dire. Il n’oublie ni l’horreur banale, ni la terreur légale, ni la saleté des petits procédés qui, mis bout à bout, font à la fin ce qu’on appelle une « Grande Nation ». Il n’oublie rien de ce qu’il sait, entre autres, des méthodes françaises durant la guerre d’Algérie.

Puisqu’il est aujourd’hui question des devoirs de chacun, et notamment de ceux des faibles, Bernard Noël n’oublie pas le sien de poète, qui est d’opposer à la cécité institutionnelle et collective un regard fixe, qui ne cille pas, braqué sur le pire. Et d’aller à la fin nommer l’innommable.

C'est qu'un poète a la tête dure. C'est qu'un poète comme Bernard Noël ne fait pas taire les cris de sa conscience – à aucun prix. C'est que, comme écrit Robert Antelme, les bourreaux, qui ont toujours cru, par la violence systématique, puis par l'extermination industrielle, pouvoir en finir avec leurs opposants, ont au contraire « fabriqué la conscience irréductible ». Or cette conscience-là survit, doit survivre bien au-delà des victimes et des témoins directs – jusque dans les corps errés de leurs petits-enfants : les nôtres aujourd'hui.

Dans ce petit livre d'un poids terrible, la torture passe à la question du vers, et le poète fait parler le bourreau – le poète cuisine le bourreau jusqu'à ce qu'il parle –  jusqu'à ce qu'on lui voie l'intérieur : jusqu'à ce que bée, flagrant, le vide – le vide vertigineux et méchant qui prolifère et règne en maître dans la coquille creuse que sera toujours un bourreau.

Les Sonnets de la mort ont paru pour la première fois en mai 2003 dans moriturus n° 2 / Le sens en sang, puis en 2007 dans la collection Pire. L'auteur les a remaniés à l'occasion de la présente réédition, augmentée d'une Page un de Cédric Demangeot.
Couverture : Sonnets de la mort de Bernard Noël

Quatorzième volume de la collection pire,
tiré en janvier 2012 à 130 exemplaires sur Olin naturel.
Format 13 x 19,5 cm, 40 pages.

10 €


Le tirage ordinaire de la première édition de 2003 est épuisé,
mais les exemplaires de tête sont encore disponibles :
30 ex. numérotés, accompagnés d'un dessin original de Jean-Gilles Badaire ... 145 €



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