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La peinture de Jean-Gilles Badaire est nomade, animale et matiérée. Elle a l'épaisseur de la réalité, elle pèse comme un corps. Elle a l'odeur forte, la chaleur sourde et presque : la moiteur et le bruit de cette Afrique qu'elle traverse. Sa maladresse, son désordre, sont une générosité - en même temps qu'une manière de dire. Le geste est justement gauche. La trace est inquiète, physique et sensuelle. Comme le signe de vie que fait un homme - à d'autres. C'est une peinture du corps - une peinture mortelle - et par conséquent : obstinément vivante. Ceci
dit. Si Jean-Gilles Badaire passe par l'Afrique, il ne s'y
arrête cependant pas. Sa peinture est plutôt comme
un trajet - sans cesse recommencé mais qui n'oublie jamais
de revenir : à notre méchant Nord, à
notre Occident foutu. Cette peinture a ses racines dans une terre
première, dans une glaise originelle, mais elle est
criblée par le néant de notre aujourd'hui
bitumé, qui demeure forcément sa destination. Elle
sourd de la source intemporelle - et se confronte aux politiques du
pire. Elle sort alors de sa bonhommie pour se risquer à la
colère, à une violence de combat - qu'on
pourrait rallier à celle d'un Paul Rebeyrolle -, et
délaisse les argiles chaleureuses pour le noir et le rouge -
le goudron, le sang - la douleur et la révolte. Chez
fissile,
les exemplaires
numérotés des livres de Bernard Noël, Sonnets de la mort, et
de Ernst Meister, Ombres, sont
accompagnés de peintures originales de Jean-Gilles Badaire. Voir
aussi collection Siècle à mains. |